Paupaul est mort cette semaine...
Après une année difficile où j'avais perdu en quelques mois deux mamies que j'adorais, je m'étais dit qu'il ne fallait plus m'attacher comme ça, que je devais prendre du recul par rapport à mes patients, et plus particulièrement mes petits vieux que je suis depuis longtemps en maison de retraite, et je croyais y parvenir...
Mais voilà, Paupaul est mort mercredi matin, et c'est une petite claque qui me fait me dire que parfois, ne pas s'attacher, c'est difficile...
Je connaissais Paupaul depuis quatre ans... Le genre de petit vieux que vous croisez dans tout les hospices, sur son fauteuil toute la journée, qui en a marre de tout, marre d'avoir mal ici ou là, marre de voir toujours les mêmes têtes, marre de vivre en somme... Mais contrairement à beaucoup, c'était le genre de personne, qui, pour de multiples raisons, arrivait toujours à vous décrocher un sourire dans la séance... Comment? Tout simplement en restant lui-même, et en gardant une incroyable connerie pour son âge... Vous voulez des exemples? Il y en aurait beaucoup, mais ses plus fameuses réflexions restent celles liées au cul... Imaginez, un petit vieux que vous faites marcher, qui souffle, qui n'en peut plus après dix minutes de marche, tout cela à cause d'année de tabagisme, qui ne fait que se plaindre "oh je suis fatigué!... oh oui, j'en peux plus!", et qui, au passge d'une petite mamie poussant son câdre de marche, ne peux s'empècher, relève un peu la tête en continuant d'avancer, esquisse un début de sourire, et ajoute "tu l'as vu la vieille là" ... "elle je lui ferait bien le cul", puis se marre... Une autre, exceptionnelle, un jour, j'arrive vers lui en lui proposant d'aller marcher, et il me répond en me faisant signe d'approcher... Je me penche vers lui, et là, il me touche les couilles, et se marre, en me demandant dtout simplement "alors, ça fait quoi que je te touche les coucougnettes?" Quel con celui-là... Cela peut paraitre vulgaire comme ça, mais c'était Paupaul, toujours une connerie auquelle on ne s'attendait pas vraiment en voyant se petit vieux sur son fauteuil roulant, qui n'attend qu'une chose (à part chopper une infirmière biensûr), mourir... Et bien voilà, tu es arrivé à tes fins, à ta fin, et malgré mes efforts, cela me touche... J'ai versé une larme pour toi, et j'en verse une autre en t'écrivant... Tu vas me manquer Paupaul...